Chapitre IV
Le datif

292. Le datif est en comparaison de l'accusatif le cas de l'objet plus éloigné et répond aux questions à qui ? pour qui, à quoi ? pour quoi ? par rapport à quoi ? Il se met tantôt avec un accusatif ; par exemple scribo vobis hunc librum ; (tantôt seul) prosum tibi, je suis utile à toi, par rapport à toi ; suadeo tibi, je te conseille ; nuntio tibi, je t'annonce. Dans ce dernier cas la proposition suivante, qui contient ce que je conseille ou ce que j'annonce à quelqu'un, remplace un accusatif.
Le datif s'emploie encore pour exprimer que l'action du verbe a pour but l'avantage ou le dommage de quelque personne ou de quelque chose ; c'est ce qu'on appelle en latin dativus commodi vel incommodi ; par exemple Homo non sibi soli natus est, sed patriæ, sed suis ; Pisistratus sibi, non patriæ Megarenses vicit.
Ce datif d'avantage ou de dommage peut donc se mettre après les verbes intransitifs, pour marquer que l'action exprimée par le verbe intéresse quelqu'un, ou contribue à l'utilité ou au détriment de quelque chose ; ainsi le verbe vacare alicui rei, signifie proprement, je suis libre pour quelque chose, c'est-à'-dire, je m'occupe de quelque chose ; par exemple Civitas romana inter bellorum strepitum parum olim vacabat liberalibus disciplinis.
Nubere, signifie proprement se voiler ; il se dit donc, d'après un ancien usage, d'une fiancée qui se voile, alicui viro pour un homme, c'est-à-dire, qui se marie Plures in Asia mulieres singulis viris solent nubere ; supplicare être suppliant, supplier se construit aussi avec le datif.
On dit en latin suadeo tibi hanc rem, je te conseille cela. La même construction est usitée pour persuadeo qui exprime la persuasion ou l'effet du conseil. Ce mot se trouve très souvent au passif ; par exemple res mihi persuadetur ; ou impersonnellement, en sorte que la phrase suivante sert de sujet ; par exemple persuadetur mihi, mihi persuasum est, mihi persuasum habeo ; mihi quidem nunquam persuaderi potuit, animos, dum in corporibus essent mortalibus, vivere, quant exissent ex his, emori.

293. Le datif se met avec les adjectifs qui signifient utile ou nuisible, agréable ou désagréable, ami ou ennemi, facile ou difficile, convenable ou contraire, égal ou inégal, semblable ou différent.
Au lieu du datif, on peut aussi avec les adjectifs qui expriment une disposition d'esprit amicale ou haineuse, se servir des prépositions in, erga, adversus, et avec les adjectifs qui signifient convenable et utile, ou qui ont le sens contraire, la chose à laquelle est propre le nom déterminé par l'adjectif, se met à l'accusatif avec ad, ou quelquefois au datif ; par exemple Homo ad nullam rem aptus ; locus aptus ad insidias. Mais le nom de l'être animé qui sert d'objet à l'adjectif, se met toujours au datif :